La science, la connaissance et la philosophie

Un livre très ancien

La science, la connaissance et la philosophie.

La science, la connaissance et la philosophie

Étymologie

La science est historiquement liée à la philosophie. Dominique Lecourt écrit ainsi qu’il existe

« un lien constitutif [unissant] aux sciences ce mode particulier de penser qu’est la philosophie. C’est bien en effet parce que quelques penseurs en Ionie dès le VIIe siècle av. J.-C. eurent l’idée que l’on pouvait expliquer les phénomènes naturels par des causes naturelles qu’ont été produites les premières connaissances scientifiques ».

Il explique ainsi que les premiers philosophes ont été amenés à faire de la science (sans que les deux soient confondues).

La science (latin scientia, « connaissance ») est « ce que l’on sait pour l’avoir appris, ce que l’on tient pour vrai au sens large, l’ensemble de connaissances, d’études d’une valeur universelle, caractérisées par un objet (domaine) et une méthode déterminés, et fondés sur des relations objectives vérifiables [sens restreint] ».

Rosetta Stone congré international des orientaliste 1874

Rosetta Stone congré international des orientaliste 1874.

La volonté de la communauté scientifique, garante des sciences, est de produire des « connaissances scientifiques » à partir de méthodes d’investigation rigoureuses, vérifiables et reproductibles. Quant aux « méthodes scientifiques » et aux « valeurs scientifiques », elles sont à la fois le produit et l’outil de production de ces connaissances et se caractérisent par leur but, qui consiste à permettre de comprendre et d’expliquer le monde et ses phénomènes de la manière la plus élémentaire possible — c’est-à-dire de produire des connaissances se rapprochant le plus possible des faits observables.

À la différence des dogmes, qui prétendent également dire le vrai, la science est ouverte à la critique et les connaissances scientifiques, ainsi que les méthodes, sont toujours ouvertes à la révision. De plus, les sciences ont pour but de comprendre les phénomènes, et d’en tirer des prévisions justes et des applications fonctionnelles ; leurs résultats sont sans cesse confrontés à la réalité. Ces connaissances sont à la base de nombreux développements techniques ayant de forts impacts sur la société.

Domaines scientifiques

La science se compose d’un ensemble de disciplines particulières dont chacune porte sur un domaine particulier du savoir scientifique. Il s’agit par exemple des mathématiques, de la chimie, de la physique, de la biologie, de la mécanique, de l’optique, de la pharmacie, de l’astronomie, de l’archéologie, de l’économie, de la sociologie, etc.
Cette catégorisation n’est ni fixe, ni unique, et les disciplines scientifiques peuvent elles-mêmes être découpées en sous-disciplines, également de manière plus ou moins conventionnelle. Chacune de ces disciplines constitue une science particulière.

De la « connaissance » à la « recherche »

L’étymologie de « science » on l’a dit vient du latin, « scientia » (« connaissance »), lui-même du verbe « scire » (« savoir ») qui désigne à l’origine la faculté mentale propre à la connaissance. Cette acception se retrouve par exemple dans l’expression de François Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

la science - Francois Rabelais

Portrait de François Rabelais.

Il s’agissait ainsi d’une notion philosophique (la connaissance pure, au sens de « savoir »), qui devint ensuite une notion religieuse, sous l’influence du christianisme. La « docte science » concernait alors la connaissance des canons religieux, de l’exégèse et des écritures, paraphrase pour la théologie, première science instituée.
La racine « science » se retrouve dans d’autres termes tels la « conscience » (étymologiquement, « avec la connaissance »), la « prescience » (« la connaissance du futur »), l’« omniscience » (« la connaissance de tout »), par exemple.

Un terme générique de la science

Définition large

La science, par ses découvertes, a su marquer la civilisation. Ici, les images rapportées par l’astronomie nourrissent la pensée humaine quant à sa place dans l’Univers.

la science - L'univers

L’univers et son immensité.

Le mot science est un « polysème », recouvrant principalement trois acceptions:
Savoir, connaissance de certaines choses qui servent à la conduite de la vie ou à celle des affaires.
Ensemble des connaissances acquises par l’étude ou la pratique.
Hiérarchisation, organisation et synthèse des connaissances au travers de principes généraux (théories, lois, etc.)

Définition stricte

D’après Michel Blay, la science est

« la connaissance claire et certaine de quelque chose, fondée soit sur des principes évidents et des démonstrations, soit sur des raisonnements expérimentaux, ou encore sur l’analyse des sociétés et des faits humains. »

Cette définition permet de distinguer les trois types de science :
1) les sciences exactes, comprenant les mathématiques et les « sciences mathématisées » comme la physique théorique ;
2) les sciences physico-chimiques et expérimentales (sciences de la nature et de la matière, biologie, médecine) ;
3) les sciences humaines, qui concernent l’Homme, son histoire, son comportement, la langue, le social, le psychologique, le politique.
Néanmoins, leurs limites sont floues ; en d’autres termes il n’existe pas de catégorisation systématique des types de science, ce qui constitue par ailleurs l’un des questionnements de l’épistémologie. Dominique Pestre explique ainsi que

« ce que nous mettons sous le vocable « science » n’est en rien un objet circonscrit et stable dans le temps qu’il s’agirait de simplement décrire ».

Principe de l’acquisition de connaissances scientifiques

L’acquisition de connaissances reconnues comme scientifiques passent par une suite d’étapes. Selon Francis Bacon, la séquence de ces étapes peut être résumée comme suit :
1) observation, expérimentation et vérification
2) théorisation
3) prévision
Pour Charles Sanders Peirce (1839–1914), qui a repris d’Aristote l’opération logique d’abduction, la découverte scientifique procède dans un ordre différent :
1) abduction : création de conjectures et d’hypothèses.
2) déduction : recherche de ce que seraient les conséquences si les résultats de l’abduction étaient vérifiés.
3) induction : mise à l’épreuve des faits ; expérimentation.
Les méthodes scientifiques permettent de procéder à des expérimentations rigoureuses, reconnues comme telles par la communauté de scientifiques.

Les données recueillies permettent une théorisation, la théorisation permet de faire des prévisions qui doivent ensuite être vérifiées par l’expérimentation et l’observation. Une théorie est rejetée lorsque ces prévisions ne cadrent pas à l’expérimentation. Le chercheur ayant fait ces vérifications doit, pour que la connaissance scientifique progresse, faire connaître ces travaux aux autres scientifiques qui valideront ou non son travail au cours d’une procédure d’évaluation.

Pluralisme des définitions de la science

Le mot « science », dans son sens strict, s’oppose à l’opinion (« doxa » en grec), assertion par nature arbitraire (?). Néanmoins le rapport entre l’opinion d’une part et la science d’autre part n’est pas aussi systématique. L’historien des sciences Pierre Duhem pense en effet que la science s’ancre dans le sens commun, qu’elle doit

« sauver les apparences ».

Le discours scientifique s’oppose à la superstition et à l’obscurantisme. Dans le cas de la superstition, il s’agit d’une opposition, la science niant les phénomènes surnaturels. Cependant, l’opinion peut se transformer en un objet de science, voire en une discipline scientifique à part.

La sociologie des sciences

La sociologie des sciences analyse notamment cette articulation entre science et opinion. Dans le langage commun, la science s’oppose à la croyance, par extension les sciences sont souvent considérées comme contraires aux religions. Cette considération est toutefois souvent plus nuancée tant par des scientifiques que des religieux.
L’idée même d’une production de connaissance est problématique.

Nombre de domaines reconnus comme scientifiques n’ont pas pour objet la production de connaissances. Mais plutôt celle d’instruments, de machines, de dispositifs techniques. Terry Shinn a ainsi proposé la notion de « recherche technico-instrumentale ». Ses travaux avec Bernward Joerges à propos de l’« instrumentation » ont ainsi permis de mettre en évidence que le critère de « scientificité » n’est pas dévolu à des sciences de la connaissance seules.

Aux XXe et XXIe siècles

Le mot « science » définit aux XXe et XXIe siècles l’institution de la science, c’est-à-dire l’ensemble des communautés scientifiques travaillant à l’amélioration du savoir humain et de la technologie, dans sa dimension internationale, méthodologique, éthique et politique. On parle alors de « La Science ».
Cette notion ne possède néanmoins pas de définition consensuelle. L’épistémologue André Pichot écrit ainsi qu’il est

« utopique de vouloir donner une définition a priori de la science ».

L’historien des sciences Robert Nadeau explique pour sa part qu’il est « impossible de passer ici en revue l’ensemble des critères de démarcation proposés depuis cent ans par les épistémologues, [et qu’on] ne peut apparemment formuler un critère qui exclut tout ce qu’on veut exclure, et conserve tout ce qu’on veut conserver ». La physicienne et philosophe des sciences Léna Soler, dans son manuel d’épistémologie, commence également par souligner « les limites de l’opération de définition ».

Les dictionnaires en proposent certes quelques-unes. Mais, comme le rappelle Léna Soler, ces définitions ne sont pas satisfaisantes. Les notions d’« universalité », d’« objectivité » ou de « méthode scientifique » (surtout lorsque cette dernière est conçue comme étant l’unique notion en vigueur) sont l’objet de trop nombreuses controverses pour qu’elles puissent constituer le socle d’une définition acceptable. Il faut donc tenir compte de ces difficultés pour décrire la science. Et cette description reste possible en tolérant un certain « flou » épistémologique.

EdN.