Anna de Noailles (1876-1933)

 

Recueil de poésies - Anna de Noailles

Anna de Noailles.

Auteure de poésies, la comtesse Anna-Élisabeth de Noailles, née Bibesco Bassaraba de Brancovan, est aussi une romancière française. Elle est d’origine roumaine. Elle a compté pour bon nombre de personnage connu, voir célèbre. Née à Paris le elle meurt à Paris le .

Une famille et des poésies

Ses parents

Elle vit le jour au 22 boulevard de La Tour-Maubourg à Paris. Elle est descendante des familles de boyards Bibescu de Roumanie. Anna de Noailles est la fille d’un expatrié roumain âgé de 50 ans. Le prince Grégoire Bibesco Bassaraba de Brancovan. Lui-même fils du prince valaque Georges Bibesco (En roumain: Gheorghe Bibescu). Sa mère est la princesse Zoé Bassaraba de Brancovan (en roumain: Brâncoveanu). Elle a eu Anna à l’age de 21 ans. Zoé Bassaraba de Brancovan est la pianiste grecque née à Constantinople Raluca Moussouros (ou Rachel Musurus). Paderewski lui a dédié nombre de ses compositions.
Sa tante, la princesse Hélène Bibesco, a joué un rôle actif dans la vie artistique parisienne. De la fin du XIXe siècle jusqu’à sa mort en 1902. Anna de Noailles est la cousine germaine des princes Emmanuel et Antoine Bibesco, amis intimes de Proust.

Avec son frère aîné Constantin et sa sœur cadette Hélène, Anna de Brancovan mène une vie privilégiée.

Son enfance

Elle reçoit son instruction presque entièrement au foyer familial, parle l’anglais et l’allemand en plus du français et a une éducation tournée vers les arts, particulièrement la musique et les poésies. La famille passe l’hiver à Paris et le reste de l’année dans sa propriété, la Villa Bassaraba à Amphion, près d’Évian sur la rive sud du lac Léman.

Les poésies d’Anna de Noailles porteront plus tard témoignage de sa préférence pour la beauté tranquille et l’exubérance de la nature des bords du lac sur l’environnement urbain dans lequel elle devra par la suite passer sa vie. Elle a écrit plus tard quelques poésies à ce sujet.

Recueil de poésies - La contesse Anna de Noailles

La contesse Anna de Noailles.

Son mariage

Le 17 août 1897 Anne-Élisabeth, dite Anna, épouse à l’âge de 19 ans le comte Mathieu de Noailles (1873-1942), quatrième fils du septième duc de Noailles. Le couple, qui fait partie de la haute société parisienne de l’époque, aura un fils, le comte Anne Jules (1900-1979) et un petit fils, le comte Erick (1956).

Sa vie

Anna de Noailles fut la muse et entretint une liaison avec Henri Franck normalien et auteur de poésies patriote proche de Maurice Barrès, frère de Lisette de Brinon et cousin d’Emmanuel Berl, mort de tuberculose à 24 ans en 1912.

Elle fut également rendue responsable du suicide, en 1909, du jeune Charles Demange, un neveu de Maurice Barrès qui souffrait pour elle d’une passion dévorante qu’elle ne partageait pas.

Au début du XXe siècle, son salon de l’avenue Hoche attire l’élite intellectuelle, littéraire et artistique de l’époque parmi lesquels Edmond Rostand, Francis Jammes, Paul Claudel, Colette, André Gide, Maurice Barrès, René Benjamin, Frédéric Mistral, Robert de Montesquiou, Paul Valéry, Jean Cocteau, Léon Daudet, Pierre Loti, Paul Hervieu, l’abbé Mugnier ou encore Max Jacob, Robert Vallery-Radot et François Mauriac. C’est également une amie de Georges Clemenceau.

En 1904, avec d’autres femmes, parmi lesquelles Jane Dieulafoy, Julia Daudet, Daniel Lesueur, Séverine et Judith Gautier, fille de Théophile Gautier, elle crée le prix « Vie Heureuse », issu de la revue La Vie heureuse, qui deviendra en 1922 le prix Fémina, récompensant la meilleure œuvre française écrite en prose ou le meilleur recueil de poésies. Elle en est la présidente la première année, et laisse sa place l’année suivante à Jane Dieulafoy.

Sa mort

Tombe d'Anna de Noailles - cimetière du père Lachaise à Paris

Tombe d’Anna de Noailles – Cimetière du Père Lachaise à Paris.

Elle meurt en 1933 dans son appartement du 40 rue Scheffer (avant 1910, elle habitait au 109 avenue Henri-Martin) et est inhumée au cimetière du Père-Lachaise à Paris, mais son cœur repose dans l’urne placée au centre du temple du parc de son ancien domaine d’Amphion-les-Bains.

Ses titres honorifiques

Elle fut la première femme commandeur de la Légion d’honneur ; la première femme reçue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (au fauteuil 33 ; lui ont succédé Colette et Cocteau).

Elle était aussi membre de l’Académie roumaine. En 1902, elle reçoit le prix Archon-Despérouses. En 1920, son premier recueil de poèmes (Le Cœur innombrable) est couronné par l’Académie française. Durant l’année 1921, elle en reçoit le Grand prix de littérature. Plus tard, l’Académie française créera un prix en son honneur.

Elle a été décorée de l’ordre du Sauveur de Grèce et de Pologne.

Son œuvre, ses poésies

Anna de Noailles a écrit :

Trois romans :

  • La Nouvelle Espérance (1903)
  • Le Visage émerveillé (1904)
  • La Domination (1905)

Une autobiographie :

Le Livre de ma vie (1932)

Un grand nombre de poésies :

  • Le Cœur innombrable (1901)
  • L’Ombre des jours (1902)
  • Les Éblouissements (1907)
  • De la rive d’Europe à la rive d’Asie (1913)
  • Les Forces éternelles (1920)
  • Poème de l’amour (1924)
  • Passions et Vanités (1926)
  • L’Honneur de souffrir (1927)
  • Exactitudes (Grasset, 1930)
  • Choix de poésies, Fasquelle (1930)
  • Derniers Vers (1933)
  • Les Vivants et les Morts (1913)
  • Poèmes d’enfance (1929)
  • Les Innocentes, ou la Sagesse des femmes (1923)

Son lyrisme passionné s’exalte dans une œuvre de poésies qui développe, d’une manière très personnelle, les grands thèmes de l’amour, de la nature et de la mort.

Témoignages de contemporains

« Impossible de rien noter de la conversation. Mme de Noailles parle avec une volubilité prodigieuse ; les phrases se pressent sur ses lèvres, s’y écrasent, s’y confondent ; elle en dit trois, quatre à la fois. Cela fait une très savoureuse compote d’idées, de sensations, d’images, un tutti-frutti accompagné de gestes de mains et de bras, d’yeux surtout qu’elle lance au ciel dans une pâmoison pas trop feinte, mais plutôt trop encouragée. (…) Il faudrait beaucoup se raidir pour ne pas tomber sous le charme de cette extraordinaire poétesse au cerveau bouillant et au sang froid. »

André Gide, Journal, 20 janvier 1910, Gallimard (Folio : Une anthologie), 1951/2012, p. 109-110.

« Mme Mathieu de Noailles aime les approbations (…) Elle voudrait la croix, l’Arc de Triomphe, être Napoléon. C’est l’hypertrophie du moi. Mais elle est le déchaînement, aurait dû vivre à l’époque alexandrine, byzantine. c’est une fin de race. De plus elle voudrait être aimée de tous les hommes qui aiment d’autres femmes qu’elle (…), elle aurait dû épouser le soleil, le vent, un élément. »

Abbé Mugnier, Journal, 24 novembre 1908 – Mercure de France, coll. « Le Temps retrouvé », 1985, p. 174

« Achevé le roman : Le Visage émerveillé (…) pour la forme, il y a là du nouveau, des instantanés, et des inattendus. Des sensations qui deviennent des sentiments. Des couleurs, des saveurs, des odeurs prêtées à ce qui n’en avait pas jusqu’ici. Mme de Noailles a renchéri sur Saint-François d’Assise : elle se penche encore plus bas, elle dit au melon blanc :  » Vous êtes mon frère », à la framboise,  » Vous êtes ma sœur » ! Et il y a encore et surtout des joies subites, des désirs qui brûlent, de l’infini dans la limite… »

Abbé Mugnier, Journal, 1er décembre 1910, p. 197

« Le poète des Éblouissements était au lit, dans une chambre sans luxe (…) Une volubilité d’esprit et de paroles qui ne me permettait pas toujours de la suivre (…) Elle m’a dit combien elle aimait Michelet, l’idole préférée, admire Victor Hugo, aime moins Lamartine, admire Voltaire, Rousseau, préfère George Sand à Musset (…) Aujourd’hui, elle n’a plus de vanité (…) Même ses vers les plus lyriques sur le soleil, elle les écrivait avec le désir de la mort. Elle n’était pas joyeuse… Très amusantes anecdotes sur la belle-mère, à Champlâtreux, contées avec un esprit voltairien (…) Elle avait pensé à cette chapelle en écrivant le Visage émerveillé. Elle a écrit sur la Sicile des vers encore inédits (…) à l’intelligence, elle préfère encore la bonté ». »

Abbé Mugnier, Journal, 2 décembre 1910, p. 198 et 199

« Elle était plus intelligente, plus malicieuse que personne. Ce poète avait la sagacité psychologique d’un Marcel Proust, l’âpreté d’un Mirbeau, la cruelle netteté d’un Jules Renard. »

Jean Rostand, préface à Choix de poésies d’Anna de Noailles, 1960

« Sacha Guitry admirait infiniment Mme de Noailles, mais qui n’admirait pas Anna de Noailles ? C’était un personnage extraordinaire, qui avait l’air d’un petit perroquet noir toujours en colère, et qui ne laissait jamais placer un mot à personne. Elle recevait dans son lit, les gens se pressaient en foule dans sa ruelle […] et cela aurait pu être un dialogue étourdissant mais c’était un monologue bien plus étourdissant encore […] Sacha m’a dit d’elle : quand on l’entend monter l’escalier on a toujours l’impression qu’il y a deux personnes en train de se parler, et quand elle redescend, il semble qu’une foule s’éloigne. »

— Hervé Lauwick, Sacha Guitry et les femmes

« Elle surgit d’une porte-fenêtre, précédée d’une multitude de cousins multicolores comme dans un ballet russe. Et elle avait l’air d’une fée-oiselle condamnée par le maléfice d’un enchanteur à la pénible condition de femme (…). Il me semblait que si j’avais pu prononcer le mot magique, faire le geste prescrit, elle eût, recouvrant son plumage originel, volé tout droit dans l’arbre d’or où elle nichait, sans doute, depuis la création du monde (…). Elle ne m’écoutait pas. Il était rare qu’elle le fit. Malheureusement, elle n’avait pas besoin d’écouter pour comprendre. (…). Je reçus tout à coup, en pleine figure, ses énormes yeux, elle rit de toutes ses dents et me dit : « Comment pouvez-vous aimer les jeunes filles, ces petits monstres gros de tout le mal qu’ils feront pendant cinquante ans ? »

Emmanuel Berl, Sylvia, Gallimard, 1952, réédition 1994, p. 89-90

« Octave Mirbeau la ridiculise dans La 628-E8 (passage repris dans la Revue des Lettres et des Arts du 1er mai 1908), la montrant comme une « idole » entourée de « prêtresses » : « Nous avons en France, une femme, une poétesse, qui a des dons merveilleux, une sensibilité abondante et neuve, un jaillissement de source, qui a même un peu de génie… Comme nous serions fiers d’elle !… Comme elle serait émouvante, adorable, si elle pouvait rester une simple femme, et ne point accepter ce rôle burlesque d’idole que lui font jouer tant et de si insupportables petites perruches de salon ! Tenez ! la voici chez elle, toute blanche, toute vaporeuse, orientale, étendue nonchalamment sur des coussins… Des amies, j’allais dire des prêtresses, l’entourent, extasiées de la regarder et de lui parler.

L’une dit, en balançant une fleur à longue tige :

– Vous êtes plus sublime que Lamartine ! / — Oh !… oh !… fait la dame, avec de petits cris d’oiseau effarouché… Lamartine !… C’est trop !… C’est trop !

– Oui plus triste que Vigny ! / — Oh ! chérie !… chérie !… Vigny !… Est-ce possible ?

– Ou plus barbare que Leconte de Lisle… plus mystérieuse que Mæterlinck ! / — Taisez-vous !… Taisez-vous !

– Mais aussi plus universelle que Hugo ! / — Hugo !… Hugo !… Hugo !… Ne dites pas ça !… C’est le ciel !… c’est le ciel !

– Et encore plus divine que Beethoven !… / — Non… non… pas Beethoven… Beethoven !… Ah ! je vais mourir !

Presque pâmée, elle passe ses doigts longs, mols, onduleux, dans la chevelure de la prêtresse qui continue ses litanies, éperdue d’adoration. — Encore ! encore !… Dites encore ! » »

Octave Mirbeau, La 628-E8, 1907, réédition Éditions du Boucher, 2003, p. 400.

L’orientation de ce portrait est reprise par l’ambassadeur de France à Bucarest le comte de Saint-Aulaire, dans ses mémoires qui loin de louer ses recueil de poésies, la montre sans-gêne, prétentieuse et monopolisant la conversation.

Charles Maurras fait d’Anna de Noailles l’une des quatre femmes de lettres qu’il prend comme exemplaires du romantisme féminin dont il voit une résurgence à la fin du XIXe siècle, aux côtés de Renée Vivien, Marie de Régnier et Lucie Delarue-Mardrus. Ces qualités sont aussi vantées par les travaux de la critique littéraire antiféministe Marthe Borély.

Anna de Noailles des poésies pour la postérité

Les établissements d’enseignement suivants portent son nom :

Un square, le square Anna-de-Noailles, à Paris, dans le 16e arrondissement, porte son nom en sa mémoire.

Quelques poésies

d’Anna de Noailles

A la nuit
Bittô
Dissuasion
Il fera longtemps clair ce soir
Il n’est pas un instant
L’ardeur
L’automne
L’empreinte
L’hiver
L’innocence
L’inquiet désir
L’offrande à la nature
L’orgueil
La chaude chanson
La cité natale
La conscience
La jeunesse
La journée heureuse
La mort dit à l’homme…
La mort fervente
La nuit, lorsque je dors
La tristesse dans le parc
La vie profonde

Le baiser
Le cœur
Le jardin et la maison
Le pays
Le repos
Le temps de vivre
Le verger
Les parfums
Les paysages
Les rêves
Les saisons et l’amour
Ô lumineux matin
Paroles à la lune
Plainte
Soir d’été
Vivre, permanente surprise !
Voix intérieure
Vous êtes mort un soir

 

 

ERICK de NOAILLES