À la mémoire de…

La mémoire

La mémoire.

À la mémoire de…

(Poème d’Erick de Noailles)

(Insouciance)

Pendant des années, tu m’as permis de m’évader.
Toute ma vie, j’ai senti ta présence à mon côté.
Pour ressentir la joie, je faisais appel à toi.
Dans mes moments de tristesse, tu étais encore là.

Tu savais doser ma peine et mon fardeau trop lourd,
Changer ma gêne en un instant très court.
À aucun moment je n’ai pris conscience que sans toi
Ce serait difficile, terrible et dur pour moi.

C’est un cadeau, dont je n’avais même pas conscience.
Tu as grandi en moi, je ne soupçonnait pas ta présence.
Je ne savais même pas que tu étais si importante.
Aussi aujourd’hui ma solitude est dévorante.

(Désespérance)

Je sens plus fort que tout, ton abandon.
Pourquoi m’avoir quitté sans explication ?
Être partie si loin ? J’avais besoin de toi.
Comment te retrouver ? Faire, que tu sois encore là ?

Tu m’as laissé des signes pour me sentir moins seul.
Je ne peux vivre sans toi, dans le vide et la stupeur.
Tu n’es pas là et, pourtant, je ressens ton « aura ».
Pourquoi ne reviens-tu pas ? Devrais-je avoir peur de toi ?

Qu’ai-je fait de grave, pour que tu puisses me laisser là ?
Je n’existe pas sans toi, le vrai problème est là.
Comme un hors-la-loi, je me sent misérable.
Je suis comme aux abois, pauvre chien vulnérable.

(Renaissance)

Quand chaque matin, dans un demi-sommeil,
Je réalise que tu es loin, c’est l’angoisse qui m’éveille.
J’ai mal de te chercher, peur de ne plus te trouver.
Je suis comme un voilier, perdu dans l’immensité.

On dit  » qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».
Rien n’est plus vrai, ma vie sans toi est désolée.
Je m’aperçois aujourd’hui que tu n’es plus là,
Que je ne suis rien, perdu dans mon désarroi.

J’aurai dû penser à toi, protéger notre histoire.
Ne jamais te négliger, ni te perdre du regard.
Car quand tu m’abandonnes, seul à mon désespoir,
Je me sens perdu et je n’ai plus d’espoir.

C’est ainsi que nous sommes faits, négligeant en savoir.
Et quand l’esprit s’arrête, sans même vous dire au-revoir.
On se réveille peut-être, mais sans fierté et sans gloire,
Dans un mauvais tournoi, comme dans un étouffoir.

(Espérance)

Mais plus forte que notre histoire, plus grande que notre savoir.
Plus inaccessible que les étoiles, plus vain que la gloire
Et plus magnifique qu’un manoir, plus beau que notre espoir.
La plus belle chose au monde restera toujours… »La mémoire ».

Erick de Noailles

 

Petit mot sur l’auteur

A la suite d’une forte commotion, l’auteur a perdu la mémoire pendant quelques années. Il a vécu cette période comme une épreuve difficile. Les répercussions des pertes de mémoire sur son quotidien ont été importantes. Pour résoudre ses problèmes, il s’est forcé à entraîner sa mémoire, à la faire travailler pour l’améliorer et il a continué d’écrire de la poésie. Il a fait beaucoup d’effort pour s’en sortir seul.